La SF en Chine : les Précurseurs (Début du XXe siècle-1949)

La science-fiction en Chine fut initialement popularisée à la fin de la dynastie Qing (1644-1911) par le biais de traductions d’auteurs occidentaux réalisées par des partisans de la modernisation à l’occidentale tel que le penseur et célèbre savant Liang Qichao 梁启超 (1873-1929). Dans la première partie du siècle dernier, il traduisit notamment en chinois classique le roman La Fin du monde (1894), de Nicolas Camille Flammarion (1842-1925). Depuis lors, on peut dire que la science-fiction chinoise a traversé deux siècles d’histoire.

Les courants de pensée culturels de « M. De » (démocratie) et « M. Sai » (science)1, prônés lors de la période du mouvement du 4 mai, ont contribué de façon significative au développement et à la popularisation de la littérature de science-fiction en Chine. Les nouveaux mouvements culturels ont offert un terreau fertile au germe de la science-fiction en Chine. De nombreux maîtres de la littérature ont traduit, ou eux-mêmes écrit, des romans de science-fiction.

En 1903, le jeune Lu Xun 鲁迅 (1881-1936), qui étudiait au Japon, a traduit, à partir du japonais, les romans de science-fiction de Jules Verne, Voyage au centre de la Terre et De la Terre à la Lune, en chinois classique, en y ajoutant des poèmes et en les adaptant pour les siniser totalement. Lu Xun traduisit de nombreux romans célèbres de Jules Verne et Herbert George Wells (1866-1949), et préconisa également dans ses essais le développement des romans de science-fiction2.

Le premier roman de science-fiction chinois, bien qu’inachevé, est Yueqiu zhimindi xiaoshuo 月球殖民地小说 (Colonie lunaire) publié en 1904, écrit par un auteur inconnu ayant pour nom de plume Huangjiang Diaosou 荒江钓叟 (que l’on pourrait traduire par : le vieux pêcheur du fleuve isolé). Le fondateur de la première revue chinoise de littérature pure3 Xiaoshuo lin 小说林 (Forêt de romans), Xu Nianci 徐念慈 (1875-1908), n’a pas seulement traduit des romans de science-fiction étrangers, il a également lui-même composé le roman Xin Faluo xiansheng tan 新法螺先生谭 (Le nouveau Monsieur Triton). Autre roman que l’on pourrait associer au genre de la science-fiction, Xin Zhongguo 新中国 (Nouvelle Chine), publié en 1910, de Lu Shi’e 陆士谔 (1878-1944), qui décrit le rêve fait par ce dernier du Shanghai de 1950, et qui fait état d’un Shanghai assez similaire à celui des années 2000. Au même moment où ces œuvres chinoises voyaient le jour, Wells, l’un des maîtres fondateurs de la science-fiction, composait quelques-uns de ses classiques. Le Japon qui commençait à peine son industrialisation venait juste aussi de faire paraître son premier roman de science-fiction : Kaitō Bōken Kidan: Kaitei Gunkan 海島冒険奇譚 海底軍艦 (Le cuirassé du fond de la mer) de Shunrō Oshikawa 押川春浪 (1876-1914). La création dans le domaine de la science-fiction était encore à l’état embryonnaire dans les autres pays. C’est pourquoi nous pouvons dire que la Chine n’était pas du tout en retard en ce qui concerne la littérature de science-fiction. Le célèbre écrivain Lao She 老舍 (1899-1966) a également écrit un roman imprégné de science-fiction, c’est Mao cheng ji 猫城记4 (La Cité des chats).

En 1939, l’auteur de vulgarisation scientifique Gu Junzheng 顾均正 (1902-1980) publia son recueil de nouvelles de science-fiction Zai Beiji dixia 在北极底下 (En dessous du Pôle Nord) contenant les trois nouvelles Zai Beiji dixia 在北极底下 (En dessous du Pôle Nord), Lundun qi yi 伦敦奇疫 (L’incroyable épidémie de Londres) et Heping de meng 和平的梦 (Un rêve de paix). A cette époque, la Chine faisait face à une guerre violente, le danger de la Seconde Guerre Mondiale s’approchant aussi, l’œuvre susmentionnée de Gu Junzheng peut immédiatement refléter les particularités de l’époque. Par exemple, Heping de meng raconte que des scientifiques mettent au point une onde radio pouvant modifier la pensée des Hommes, et, qu’avec cette onde électrique, ils influencent le peuple des pays hostiles en leur insufflant un désir de paix.

En 1942, le grand maître de littérature pure Xu Dishan 许地山 (1893-1941) publia dans la revue bi-mensuelle Dafeng 大风 (Coup de vent) le roman Tie yu de sai 铁鱼的鳃 (Les branchies du poisson de fer), qui est l’une des très rares étincelles de science-fiction de cette époque, reflétant la situation tragique des scientifiques n’ayant pas pu se dévouer au service de leur pays dans l’ancienne Chine.

Mis à part ces quelques créations, la période de la République de Chine (1912-1949) a encore vu paraître successivement des traductions des œuvres de Jules Verne et Wells en langue vernaculaire (Baihuawen 白话文).

Lors de sa période de bourgeonnement, la science-fiction chinoise, possédait quelques singularités. Premièrement, elle est l’œuvre personnelle de personnalités non-officielles. Deuxièmement, les auteurs de cette époque sont en avance sur les lecteurs. A l’époque, tous ceux qui promeuvent la science-fiction et ceux qui participent en personne à sa création ou au travail de traduction sont tous des hommes de lettres chinois de premier rang.

En 1949, après l’établissement de la République Populaire de Chine, la littérature de science-fiction continua de se développer. Le style littéraire de cette période se rapproche plus des romans de vulgarisation de la science5, la plupart cherchant à populariser le savoir scientifique chez les jeunes lecteurs, ainsi qu’à pré-construire un bel avenir pour les pays socialistes. Les thèmes se rapprochent relativement du style soviétique de la « littérature socialiste »6 de la même période.

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1 De xiansheng Sai xiansheng 德先生赛先生 est une appellation imagée de la Démocratie et de la Science. M. De et M. Sai sont également deux étendards de la période du Mouvement de la Nouvelle Culture (1915-1921 Xin wenhua yundong 新文化运动). M. De représente la Démocratie et M. Sai la Science, dont les noms sont phonétiquement traduits à partir de l’anglais (德莫克拉西 et 赛因斯).

2 Cf. Lu Xun, « Yuejie lüxing, bianyan 月界旅行·辩言 » (De la Terre à la Lune, argumentation), in Wang Quangen 王泉根, Xiandai Zhongguo kehuan wenxue zhuchao 现代中国科幻文学主潮 (Les principaux courants de la littérature de science-fiction chinoise moderne). Chongqing : Chongqing, 2011, p. 3.

3 La littérature pure, chun wenxue 纯文学, comporte trois significations : il peut désigner un concept littéraire moderne d’indépendance opposé à l’antique conception de la littérature. Il peut aussi désigner un concept littéraire d’autodiscipline opposé à l’utilitarisme littéraire. Enfin, il peut aussi désigner un concept littéraire s’opposant à la commercialisation culturelle.

4 Mao cheng ji a été traduit en français, voir Lao She, La cité des chats (Geneviève François-Poncet, trad.). Paris : Publications orientalistes de France, 1981, 265 p.

5 La vulgarisation scientifique est une forme de diffusion pédagogique des connaissances qui cherche à mettre le savoir scientifique à portée de tous.

6 « Le réalisme socialiste est la doctrine officielle dans le domaine de l’art en vigueur tant en U.R.S.S. que dans les pays directement soumis à son hégémonie politique. Il exige de l’artiste une représentation véridique, historiquement concrète de la réalité dans son développement révolutionnaire. En outre, il doit contribuer à la transformation idéologique et à l’éducation des travailleurs dans l’esprit du socialisme. » (Encyclopedia Universalis)

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